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Sécurité & risques · Chicago

Chicago est-elle une ville dangereuse ? Ce que disent les chiffres et les quartiers à éviter

Non, Chicago n’est pas la ville la plus dangereuse des États-Unis : à un taux de l’ordre de 21 pour 100 000 habitants, elle passe derrière plusieurs autres grandes villes, de St. Louis à Detroit. Son record en valeur absolue tient à sa taille et à une poignée de quartiers, tous loin du centre.

Mis à jour le 10 min de lecture
Alignement des gratte-ciel du centre-ville se reflétant dans les eaux calmes du lac Michigan sous un ciel dégagé

Photo : Lavdrim Mustafi / pexels

Niveau officiel
Vigilance normale, aucune zone déconseillée
Homicides en 2024
597, en baisse depuis 813 en 2021
Taux pour 100 000 hab.
Environ 21,5, derrière plusieurs villes
Quartier le plus touché
Austin, 48 homicides sur l’année 2024

Non, Chicago n’est pas la ville la plus dangereuse des États-Unis, et oui, elle enregistre plus d’homicides en valeur absolue que n’importe quelle autre ville du pays. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et tout l’article tient dans cet écart. Chicago est la troisième ville des États-Unis : un très grand nombre brut, un taux qui la place pourtant loin derrière plusieurs autres villes.

Le portail de données de la Ville publie chaque homicide, community area par community area. Les listes françaises n’en ouvrent jamais une ligne : nous l’avons fait, et le résultat ne ressemble pas à la réputation.

Ce qu’il faut retenir

  • 597 homicides en 2024 d’après le portail municipal, en baisse continue depuis 813 en 2021 : le plus grand nombre de toutes les villes américaines, devant New York et Houston.
  • Rapporté à ses habitants ( 2 746 388 au recensement de 2020 ), ce total reste de l’ordre de 21 pour 100 000 : moins de la moitié du taux de St. Louis ( 52,9 ) et derrière plusieurs autres grandes villes.
  • Près de la moitié de ces homicides se concentre dans une dizaine de community areas de l’Ouest et du Sud ( Austin en a compté 48 ), à une dizaine de kilomètres du Loop et du bord du lac où se déroule un séjour.
  • Ce qui menace un visiteur n’est pas l’arme à feu, c’est le vol de téléphone à l’arraché, au bord de la rivière ou dans le métro.
  • France Diplomatie classe l’ensemble des États-Unis en vigilance normale, sans aucune zone déconseillée.

Nombre absolu ou taux pour 100 000 : ce que le classement cache

« Chicago, ville la plus dangereuse des États-Unis » : la formule repose sur un seul chiffre, le nombre brut d’homicides, le plus élevé du pays. En 2024, le portail de données de la Ville a enregistré 597 homicides, après 638 en 2023, 738 en 2022 et 813 en 2021 : la courbe descend, mais le total reste le premier des États-Unis, loin devant New York.

Sauf qu’un nombre brut ne mesure pas un risque, il mesure une population. Chicago est la troisième ville du pays, 2 746 388 habitants au recensement de 2020, et son taux d’homicides tourne autour de 21 pour 100 000 en 2024. Rapporté aux habitants, le classement s’effondre.

VilleHomicides pour 100 000 habitants ( 2024 )
St. Louis52,9
Memphis38,0
Baltimore35,6
La Nouvelle-Orléans34,1
Detroit32,1
Chicago21,5

Source : Wirepoints, classement 2024 des homicides des 75 plus grandes villes américaines, d’après les bilans annuels de police, consulté le 23 juillet 2026. Ces chiffres restent provisoires et dépendent de la source.

À 21,5 pour 100 000, Chicago n’est pas dans le peloton de tête, et son taux reste pourtant près de cinq fois celui de New York, qui a compté 377 homicides en 2024 pour un taux de 4,6, d’après le même relevé Wirepoints : la ville n’est pas « sûre » au sens statistique, elle est simplement très loin du sommet qu’on lui prête.

Il faut le nommer : la réputation de Chicago est un artefact statistique, qui additionne un très grand nombre absolu et une concentration géographique extrême et oublie les 2,7 millions d’habitants sur lesquels ce total se répartit. La même méthode, pays par pays, se retrouve dans nos fiches sécurité destination par destination.

21,5

Taux d’homicides pour 100 000 habitants à Chicago en 2024. St. Louis est à 52,9 : le nombre brut de Chicago est le premier du pays, son taux non.

Ville de Chicago ( portail de données ) et Wirepoints 2024, consultés le 23 juillet 2026

La géographie du crime : Far South Side, West Side et le reste

Chicago se lit sur une grille. L’intersection de State Street et de Madison Street est le point zéro : huit blocs valent un mile ( 1,6 km ), et l’adresse dit la distance. En 2024, près de la moitié des 597 homicides recensés se sont concentrés dans une dizaine de community areas seulement, toutes à l’ouest le long de l’ancienne ceinture industrielle ou au sud, dans le Far South Side. Aucune n’est traversée par un itinéraire de visite : on y arrive en le décidant, jamais par hasard. Le détail suit, quartier par quartier.

Les quartiers dont tout le monde parle, et pourquoi vous n’y mettrez pas les pieds

Ce qui suit vient des volumes de 2024, pas d’un classement de réputation : un quartier à forte violence résidentielle n’est pas un danger pour qui n’y passe pas.

West Garfield Park

Ouest, à environ 8 km du Loop, le long de la Green Line ( Lake Street ). 17 homicides en 2024. Community area résidentielle frappée par la désindustrialisation : son nom circule, mais rien n’y appelle un visiteur.

East Garfield Park

Sa jumelle vers le centre, à environ 6 km du Loop, bordée par la Blue Line sur l’Eisenhower. 17 homicides également en 2024. Le Garfield Park Conservatory, l’une des plus grandes serres du pays, se visite en journée par l’arrêt Conservatory de la Green Line.

Englewood et West Englewood

Sud, à environ 12 km du Loop, desservi par la station 63rd de la Red Line. 21 homicides à Englewood, 17 à West Englewood en 2024. C’est le nom que la presse américaine associe à la ville : ni site, ni hôtel, ni raison d’y descendre.

Austin

Extrême Ouest, à la limite d’Oak Park, à environ 11 km du Loop, au terminus de la Green Line. Avec 48 homicides en 2024, la community area la plus meurtrière de la ville en valeur absolue, et aussi la plus peuplée. Le nombre suit la taille.

North Lawndale

Ouest, à environ 7 km du Loop, le long de la Blue Line et de la Pink Line. 28 homicides en 2024. Barres et terrains vagues hérités de la fuite des emplois : on le traverse en train, on n’en descend pas.

South Shore et Greater Grand Crossing

Sud, entre 13 et 14 km du Loop. South Shore borde le lac ( 33 homicides ), Greater Grand Crossing est à l’intérieur des terres ( 36 ) : deux des cinq community areas les plus meurtrières de 2024. South Shore dépend du train de banlieue ( Metra Electric ), pas du métro aérien.

Ce qui arrive vraiment à un visiteur

Par fréquence, pas par gravité spectaculaire. Très loin devant : le vol de téléphone à l’arraché, tenu à bout de bras pour filmer la skyline au bord de la Chicago River ou sur le Riverwalk. Vient ensuite le vol de sac dans le métro, puis l’effraction de voiture de location, enfin le car-jacking aux feux la nuit, que France Diplomatie signale « dans la plupart des grandes villes américaines », et les altercations de sortie de bar à River North.

Bateaux de promenade et promeneurs le long des quais de la rivière au coucher du soleil, gratte-ciel de verre en enfilade
Le Riverwalk à la tombée du jour : lieu très passant et premier terrain du vol de téléphone tendu au-dessus de l’eau.

Les fusillades qui font la réputation de la ville n’entrent pas dans cette liste, et il faut dire pourquoi : elles se concentrent dans les community areas décrites plus haut, entre personnes qui se connaissent, à des heures et dans des rues qu’un visiteur ne croise pas. Le risque réel d’un touriste dans le Loop n’a aucun rapport avec le taux d’homicides de la ville. Nos autres fiches américaines, du Chili au Costa Rica, sont rangées dans notre index des destinations.

Le CTA, la nuit et les stations où l’on ne descend pas

C’est l’information que personne ne donne, et c’est la plus utile. Le métro aérien, le « L », compte huit lignes, mais deux seulement roulent 24 heures sur 24 : la Red Line ( de Howard, au nord, à 95th/Dan Ryan, au sud ) et la Blue Line ( d’O’Hare à Forest Park ). Toutes les autres s’arrêtent la nuit.

Or ces deux lignes de nuit plongent justement vers les secteurs décrits plus haut. La Blue Line file vers l’ouest le long de l’Eisenhower et dessert, avant Forest Park, les stations Pulaski, Cicero et Austin ; la Red Line descend plein sud jusqu’à 95th/Dan Ryan, à travers le South Side ( stations 63rd, 69th, 79th, 87th ).

Rame du métro aérien de Chicago arrivant sur les voies surélevées du Loop à la lumière de fin de journée
Le « L » dans le Loop : de jour, c’est le meilleur moyen de tout faire ; de nuit, seules deux lignes roulent, et il ne faut pas les suivre jusqu’au bout.

Le vrai risque n’est pas d’y aller, c’est d’y arriver par erreur : s’endormir après un concert, échouer au terminus de 95th ou de Forest Park à 3 h du matin. La nuit, on descend dans le Loop ou au nord, jamais au terminus.

Louer une voiture pour visiter Chicago est une erreur. Entre le stationnement au centre et les effractions, le CTA et la marche suffisent. Pour la même lecture sur une autre ville, voir la sécurité au Cap.

Côté hébergement, un mot suffit : on loge au nord de la rivière ( Loop, River North, Streeterville, Lincoln Park ), loin des community areas citées, et la sécurité suit sans qu’on y pense. Même logique de quartiers où poser ses valises dans Birmingham est-elle une ville dangereuse ?.

Les conseils qui changent quelque chose

  • Gardez le téléphone en main fermée, jamais tendu au-dessus de la rivière : c’est le premier vol qui vise un visiteur.
  • La nuit, prenez la Red Line ou la Blue Line vers le centre et descendez dans le Loop ou au nord, jamais au terminus.
  • Renoncez à la voiture de location pour visiter : entre stationnement et effractions, elle ne sert à rien en centre-ville.
  • Si vous louez malgré tout, parking couvert payant, habitacle vide, boîte à gants ouverte.
  • Aux feux la nuit, portières verrouillées et sac hors de vue : le car-jacking signalé par France Diplomatie se joue là.
  • N’organisez pas d’excursion « pour aller voir » Englewood, Austin ou le West Side : il n’y a rien à y voir.
  • Réglez vos trajets sur la carte Ventra ou l’application du CTA, pour ne pas sortir votre portefeuille sur un quai.
  • Composez le 911 en cas d’urgence et signalez tout incident au personnel du réseau.
  • En janvier et février, habillez-vous d’abord pour -10 °C et le vent du lac.

Ce que dit le Quai d’Orsay

Au 23 juillet 2026, la fiche Conseils aux voyageurs de France Diplomatie ne classe aucune zone des États-Unis en zone déconseillée : le pays y est présenté comme globalement sûr. La rubrique cite pourtant Chicago nommément. Elle écrit que, « dans le Midwest, les villes les plus importantes ( en particulier Chicago, Detroit, Milwaukee, Cleveland, Saint-Louis, Kansas City ) sont régulièrement le théâtre d’une activité criminelle violente », et que « certains quartiers spécifiques de Chicago ( dans le Sud et l’Ouest de la ville ) et de Détroit sont touchés par une violence particulière liée à des trafics ». Elle recommande alors de « s’informer à l’avance » et de « prendre des précautions spécifiques », jusqu’à « éviter d’être seul » et « ne pas circuler à pied ».

Deux points débordent la géographie. Sur les armes, elle relève une hausse des « car-jackings », ces « vols de véhicules en marche avec violences et menaces, parfois à l’aide d’une arme », « dans la plupart des grandes villes américaines ». Sur les drogues, elle rappelle que « les opioïdes de synthèse, en particulier le fentanyl, sont la cause la plus courante des décès par overdose aux États-Unis ». Fiche pays mise à jour le 5 mars 2026, rubrique Sécurité mise à jour le 30 juin 2026, consultée le 23 juillet 2026 : États-Unis, Conseils aux voyageurs, rubrique Sécurité.

À qui on déconseille Chicago

À une catégorie très précise : ceux qui veulent aller voir « de leurs propres yeux » les quartiers dont ils ont entendu parler. Ce tourisme de la misère n’a aucune légitimité, et les visites guidées qui le proposent ne valent pas mieux. Si Chicago vous intéresse pour ça, restez chez vous.

La seconde est plus banale et plus utile. Chicago en janvier et février est une épreuve : à l’aéroport O’Hare, les maximales moyennes de janvier tournent autour de -2 °C et les minimales autour de -10 °C, et le vent du lac fait le reste. Ce n’est pas l’insécurité qui gâchera ce séjour, c’est le froid. Réservé aux courageux et à ceux qui ont prévu la bonne doudoune.

Quai enneigé le long de la rivière en hiver, pont métallique rouge et tours résidentielles rondes en arrière-plan
La même rivière, en janvier : le vent du lac et le froid pèsent bien plus lourd, pour un visiteur, que l’insécurité.

Le chiffre qui a fait la réputation de Chicago est vrai, mais il ne mesure pas votre séjour : il mesure une très grande ville et une poignée de quartiers que vous ne verrez pas. Rangez le téléphone au bord de la rivière, laissez la voiture au loueur, descendez du train avant le terminus. La même méthode, appliquée ailleurs, est dans la sécurité à Mauguio.

Questions fréquentes

Peut-on prendre le métro le soir à Chicago, et jusqu’à quelle heure ?
Oui. La Red Line et la Blue Line roulent 24 heures sur 24 ; les six autres lignes du réseau s’arrêtent la nuit. Le point de vigilance n’est pas l’heure mais le terminus : la nuit, on voyage vers le centre et le nord, et on ne se laisse pas conduire jusqu’à 95th/Dan Ryan, au sud, ou Forest Park, à l’ouest.
Le Riverwalk et Navy Pier sont-ils sûrs une fois la nuit tombée ?
Oui, ce sont des lieux fréquentés et surveillés. Le vrai risque y est le vol de téléphone à l’arraché, tenu en l’air pour photographier : gardez-le en main fermée. Navy Pier ferme ses attractions en soirée, mais le quai reste passant tant que les restaurants tournent.
Faut-il éviter le South Side en entier, ou seulement certaines parties ?
Certaines parties seulement. Le South Side, c’est aussi Hyde Park et l’université de Chicago, le Museum of Science and Industry, des quartiers qui se visitent sans histoire. Ce qui concentre les homicides, ce sont des community areas précises comme Englewood, South Shore ou Greater Grand Crossing, à plus de dix kilomètres du centre et hors de tout itinéraire.
Où laisser une voiture de location sans risquer une effraction ?
Dans un parking couvert et payant, jamais dans une rue avec un objet visible dans l’habitacle. France Diplomatie signale la hausse des vols de véhicules dans les grandes villes américaines ; à Chicago, entre le prix du stationnement et les effractions, le plus simple reste de ne pas louer et de tout faire en CTA et à pied.
Est-ce raisonnable de visiter Chicago avec des enfants ?
Oui, sans réserve particulière liée à la sécurité. Le triangle formé par le Loop, le Near North Side et le bord du lac ( Millennium Park, Navy Pier, les musées, les plages ) est fait pour ça. La vraie contrainte est la saison : un séjour en famille se cale au printemps ou en été, pas en plein hiver.

Sources