Aller au contenu
Guides pratiques

Pourquoi les drapeaux du Tchad et de la Roumanie sont-ils identiques ?

Deux pays sans lien historique, un seul drapeau à trois bandes verticales bleu, jaune et rouge. La ressemblance date de décembre 1989, quand la Roumanie a retiré ses armoiries. La seule différence est une nuance de bleu invisible sur un mât, et la fameuse plainte du Tchad à l’ONU n’a jamais été confirmée.

Mis à jour le 6 min de lecture
Drapeau roumain à trois bandes verticales bleu, jaune et rouge flottant sur un mât en haut d’un bâtiment en pierre sous un ciel dégagé

Photo : Fotografia Lui Vlad / pexels

Même dessin depuis
décembre 1989
Seule vraie différence
la nuance de bleu
Drapeau tchadien adopté
le 6 novembre 1959
Plainte du Tchad à l’ONU
jamais confirmée

Les drapeaux du Tchad et de la Roumanie sont quasiment identiques parce que deux histoires nationales sans le moindre lien ont abouti au même dessin : trois bandes verticales bleu, jaune et rouge, dans le même ordre et les mêmes proportions. La seule différence tient à la nuance de bleu, plus foncée côté tchadien, et elle devient presque impossible à repérer dès que le drapeau flotte sur un mât.

La réponse courte

Ni copie, ni hasard organisé : une coïncidence, arrivée en deux temps. La Roumanie utilise un tricolore bleu-jaune-rouge depuis le XIXe siècle, mais avec des armoiries au centre pendant toute la période communiste. Le Tchad, lui, adopte son drapeau actuel en 1959. Tant que la Roumanie gardait ses armoiries, les deux drapeaux se distinguaient d’un coup d’œil. Elles ont disparu en décembre 1989, à la chute de Ceaușescu, et c’est ce jour-là que les deux emblèmes sont devenus presque superposables. Personne n’a copié personne.

La seule vraie différence : la nuance de bleu

Les deux pays définissent leurs couleurs, mais pas avec la même précision. La loi roumaine nomme des teintes exactes ; le texte tchadien se contente de dire « bleu ». Dans la pratique, le bleu tchadien tire vers l’indigo, plus sombre, quand le bleu roumain est un bleu cobalt, un cran plus clair. Le jaune et le rouge, eux, sont à toutes fins utiles les mêmes.

ÉlémentRoumanieTchad
Bande bleuebleu cobaltbleu indigo, plus foncé
Bande jaunejaune chromeor ( jaune )
Bande rougerouge vermillonrouge
Dispositiontrois bandes verticales égalestrois bandes verticales égales
Proportions2:32:3
Forme actuelle depuisdécembre 19896 novembre 1959

Sources : Constitution de la Roumanie ( article 12 ) et loi n° 75 du 16 juillet 1994 pour les nuances roumaines ; description constitutionnelle du drapeau tchadien, adopté le 6 novembre 1959. Consulté le 26 juillet 2026.

Disons-le : cette différence de bleu relève de la vexillologie de salon. Côte à côte, sur un nuancier ou un écran calibré, on la voit. Hissés chacun sur son mât, à quelques dizaines de mètres, avec la lumière du jour et l’usure du tissu, les deux drapeaux sont indiscernables. Prétendre les reconnaître à distance, c’est bluffer.

Drapeau roumain bleu, jaune et rouge planté sur un mât devant un versant rocheux des Carpates, le tissu usé par le vent
Le tricolore roumain sur un versant des Carpates. Le drapeau tchadien porte exactement le même dessin : seule la nuance de bleu change, et elle est invisible à cette distance.

D’où vient chacun des deux drapeaux

La Roumanie, du tricolore de 1848 aux armoiries retirées en 1989

Le bleu-jaune-rouge roumain plonge ses racines dans la révolution de 1848, où les trois couleurs portent l’idée de liberté, de justice et de fraternité. Sous le régime communiste, le drapeau affiche en son centre les armoiries de la République socialiste : gerbe de blé, derrick pétrolier, soleil levant et étoile rouge. En décembre 1989, les manifestants découpent cet emblème au milieu de la bande jaune, ce qui donne les fameux « drapeaux troués » de la révolution. Le décret-loi n° 2 du 27 décembre 1989 officialise le tricolore nu, et la loi de 1994 fixe ensuite les nuances au cobalt, au chrome et au vermillon. Pour rester dans la région, notre fiche sur la sécurité du tourisme en Pologne traite un autre pays d’Europe centrale que les voyageurs francophones interrogent souvent.

Le Tchad, l’indépendance et le choix du bleu

Le Tchad adopte son drapeau le 6 novembre 1959, un an avant l’indépendance obtenue en 1960. Le projet d’origine reprenait le vert-jaune-rouge panafricain, mais le Mali et le Sénégal l’utilisaient déjà : le vert a laissé la place au bleu. Officiellement, le bleu renvoie au ciel et au sud du pays, le jaune au soleil et au nord, le rouge au progrès et à l’unité. À aucun moment la Roumanie n’entre dans l’équation, et l’identité de dessin n’apparaîtra que trente ans plus tard. Le pays partage plusieurs frontières sensibles, et pour qui prépare un voyage dans la zone, notre fiche sur la sécurité au Cameroun voisin donne un point de comparaison utile.

Ils n’ont pas toujours été identiques

Jusqu’en 1989, aucune confusion n’était possible entre les deux. Le drapeau roumain se reconnaissait à ses armoiries centrales, le drapeau tchadien n’en a jamais porté. La ressemblance n’est donc pas le fruit d’un plagiat mais d’une soustraction. En retirant son emblème communiste, la Roumanie a, sans le vouloir, rejoint un dessin que le Tchad utilisait depuis trois décennies. Deux décisions indépendantes, séparées par un continent et par trente ans, qui se rejoignent par accident.

Le fameux litige à l’ONU : ce qui s’est réellement passé

Voilà l’histoire que la presse répète et coupe toujours au même endroit. En avril 2004, des médias roumains, à la suite de la chaîne Prima TV, annoncent que le Tchad aurait saisi les services juridiques de l’ONU pour faire trancher la ressemblance. Le président roumain Ion Iliescu réagit publiquement : « Ce drapeau tricolore nous appartient et nous ne l’abandonnerons pas. » Il ajoute que le drapeau roumain est bien plus ancien que celui du Tchad et que l’affaire se réglera par la voie diplomatique. La formule fait le tour des rédactions.

Sauf que la suite dément le début. Le ministère roumain des Affaires étrangères précise n’avoir jamais reçu de notification officielle du Tchad. Et côté tchadien, le ministre des Affaires étrangères nie catégoriquement toute plainte : « Nous savons que nous avons le même drapeau mais le Tchad ne s’en est jamais ému. » Autrement dit, la fameuse plainte à l’ONU repose sur des reportages jamais confirmés, et l’État censé l’avoir déposée affirme n’avoir rien fait.

Qui peut trancher ? Personne

Même si une plainte avait été déposée, elle n’aurait mené nulle part. Aucune autorité internationale n’enregistre ni n’arbitre les drapeaux nationaux. Il n’existe pas de bureau mondial des drapeaux, l’ONU n’a aucune compétence sur les symboles de ses membres, et rien dans le droit international n’interdit à deux États d’arborer le même dessin. Un drapeau national relève de la souveraineté de chaque pays : personne ne peut le déposer comme une marque ni forcer un voisin à en changer. L’affaire était donc sans issue avant même de commencer.

Les autres paires de drapeaux qui se ressemblent

Le cas Tchad-Roumanie est le plus spectaculaire parce que les deux drapeaux sont nus et quasi superposables. Il n’est pourtant pas isolé.

Monaco et l’Indonésie partagent le même bicolore, rouge au-dessus, blanc en dessous : la différence tient aux proportions, le drapeau indonésien étant en 2:3 et celui de Monaco plus ramassé, en 4:5. Les Pays-Bas et le Luxembourg alignent tous deux trois bandes horizontales rouge, blanche et bleue ; le bleu luxembourgeois est plus clair ( Pantone 299 contre 286 pour les Pays-Bas ) et leurs proportions diffèrent. L’Andorre et la Moldavie, enfin, reprennent le tricolore vertical bleu-jaune-rouge, mais chacune y ajoute ses armoiries au centre, ce qui lève tout doute. La règle est constante : quand deux drapeaux se ressemblent, ce sont les proportions, une nuance ou un blason qui les séparent, jamais un texte qui interdirait la ressemblance.

Reste une curiosité qui en appelle d’autres, du même genre : une réponse simple derrière une question qui semblait piégée, comme combien de kilomètres fait le tour de la Terre.

Le reste de nos réponses de ce type est rangé dans nos guides pratiques.

Questions fréquentes

Peut-on distinguer les deux drapeaux sur une photo ?
Difficilement. Les deux drapeaux ont la même disposition, les mêmes proportions ( 2:3 ) et un jaune et un rouge quasi identiques. Seul le bleu change : indigo, plus foncé, pour le Tchad, cobalt pour la Roumanie. Sur une photo isolée, sans les deux côte à côte et sans un rendu de couleur fidèle, la distinction est presque impossible.
Un pays peut-il déposer son drapeau pour empêcher un autre de l’utiliser ?
Non. Un drapeau national n’est pas une marque commerciale. Aucune autorité internationale ne les enregistre ni ne les arbitre, l’ONU n’a aucune compétence sur les symboles de ses membres, et rien dans le droit international n’interdit à deux États d’arborer le même dessin.
Quel drapeau est arrivé en premier, celui du Tchad ou celui de la Roumanie ?
Cela dépend de ce qu’on compare. La tradition du tricolore roumain remonte à 1848, bien avant le Tchad. Mais le drapeau tchadien actuel est adopté le 6 novembre 1959, alors que la Roumanie n’a retiré ses armoiries centrales qu’en décembre 1989. La forme nue, celle qui crée la confusion, existe donc au Tchad trente ans avant la Roumanie.
Le drapeau de la Moldavie et celui de l’Andorre entrent-ils dans le même cas ?
Pas tout à fait. L’Andorre et la Moldavie reprennent le même tricolore vertical bleu-jaune-rouge, mais chacune ajoute ses armoiries au centre de la bande jaune. Cet emblème les rend immédiatement reconnaissables, contrairement au couple Tchad-Roumanie, où les deux drapeaux sont nus.

Sources